Alain SIMON

Alain SIMON

Prévisionniste échaudé craint l’avenir [extrait]

Avenir, avenir, que de bêtises écrites en ton nom…
Un conseil préliminaire : si l’on vous demande un jour de formuler des prévisions à échéance de vingt ans, par exemple en l’été 2015 pour ce que pourrait être le monde en 2035, ne relisez jamais ce qui avait été écrit vingt ans auparavant, en 1995 dans notre cas, envisageant alors le futur de cette époque, c’est-à-dire notre présent. La quasi-totalité des prévisions d’il y a vingt ans ont été démenties ; nos craintes, la plus grande part d’entre elles, ne se sont pas réalisées ; nos espoirs, pour l’essentiel, ne se sont pas concrétisés.

Lire l’avenir dans les cartes ?
Que l’on s’intéresse au-dessus ou au-dessous des cartes (le pile et le face sont également utiles), les représentations du monde sont une première et incontournable contribution à cette volonté d’anticipation qui nous motive.
Veut-on bien ici prendre en mains des recueils de cartes, disons trois atlas, publiés respectivement il y a cinq, vingt et quarante ans. Que de changements en deux générations !
Combien de frontières dessinées ont été effacées, de pays identifiés ont disparu ? Et simultanément d’autres frontières sont apparues, d’autres États ont fait irruption. Que peut-on en dire ? Les cartes seraient volages, souvent géographie varie. Supposer que le monde à venir se lirait dans les atlas millésimés 2015 nous fourvoierait donc certainement.

Si l’on cherche un point commun aux changements constatés, il faut se rendre à l’évidence, se la remettre en mémoire : les cartes sont dessinées par les vainqueurs des conflits, ceux-là même qui, chacun le sait, écrivent aussi l’histoire.
Mais, complétons la formule précédente : les cartes demeurent valides tant que les vaincus se soumettent aux conséquences de leurs défaites, tant que, contraints, résignés, ou culpabilisés, ils n’entreprennent pas (encore) de les redessiner.
Nous avons appris à regarder le monde, à le penser et à y agir parfois, avec des cartes dessinées au lendemain des trois guerres mondiales du XXe siècle : la grande guerre, la deuxième mais aussi la troisième, la guerre froide, rarement et étrangement qualifiée de guerre mondiale.
À chaque fois, au lendemain des conflits, de nouvelles cartes ont été élaborées, actant le démantèlement des Empires battus (austro-hongrois, ottoman, Reich allemand…) ou coalition défaite (URSS, Bloc de l’Est…).
Ces nouvelles cartes ont été valides si longtemps, ont imprégné nos regards tant d’années, que nous avons fini par les croire définitivement figées.
Mais la tendance enregistrée depuis quelques années renvoie à l’évidence : les « après-guerres », comme les guerres, ne sont pas éternels, les cartes qui les accompagnent ont une obsolescence programmée. Et tout donne à penser que le processus va se poursuivre dans les deux décennies à venir. […]

N’oubliez pas :

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