Alexandre ADLER

Alexandre ADLER

La « ré-urbanisation » du monde [extrait]

De tous les problèmes qui resteront encore à résoudre dans le monde de 2035, je n’en retiens qu’un qui me semble fondamental. Certes, on peut donner aux prospections des valeurs exagérément optimistes ou exagérément pessimistes, particulièrement dans le domaine de l’écologie, mais je préfère, pour ma part, m’en tenir à des attentes moyennes où le réchauffement du climat continuera à faire quelques ravages mais sera néanmoins contenu par diverses politiques convergentes de stabilisation climatique, depuis l’entretien des océans pour en empêcher l’acidification, jusqu’au reboisement systématique des deux hémisphères pour endiguer l’effet de serre, et des effets d’aubaine où le réchauffement des zones polaires aura entraîné une meilleure gestion des eaux et une amélioration des transports. Par ailleurs, les progrès de la désalinisation (dès aujourd’hui, 70 % de l’eau consommée en Israël) auront permis de rendre moins dramatique le stress hydrique et entraîné un commerce de l’eau à longue distance, générant moins de passion. Le freinage démographique aura aussi commencé de manière spectaculaire en Turquie, en Iran et en Asie centrale ; et, de manière significative, en Amérique latine tandis que la Chine et le Japon auront commencé à retrouver un certain essor compensatoire du brutal coup de frein actuel. Avec ces hypothèses modérément optimistes, on peut imaginer que la planète affrontera son pic de population prévisible en accomplissant une véritable révolution. Cette révolution, particulièrement accélérée par l’essor des techniques des transports et l’arrivée à maturité d’énergies renouvelables nombreuses et enfin rentables, nous ouvre alors très clairement la voie d’une mutation sans précédent de l’humanité qui achève enfin le mouvement commencé autour de moins 6 000 avant Jésus Christ, avec la grande révolution néolithique. Cette dernière, il faut le rappeler, s’est épanouie dans un contexte de réchauffement brutal du climat et d’émergence d’une technologie nouvelle, l’agriculture, qui périmait le mode de vie ancestral des chasseurs-cueilleurs et transformait l’habitat des hommes en gros villages stockant les surplus alimentaires de la nouvelle agriculture raisonnée et aboutissant assez vite à l’émergence des premières villes. Ici, toutes proportions gardées, la mutation urbaine tend à s’achever. Déjà la Chine, peu après 2010, est devenue pour la première fois de son histoire une nation à majorité urbaine, ses campagnes se vidant peu à peu avec le changement des générations et l’apparition d’emplois industriels nombreux dans des villes en pleine expansion quantitative. Or, s’appuyant sur le précédent chinois, il ne fait guère de doute que la diminution rapide des populations rurales sera non seulement inexorable mais seulement gérable avec l’émergence d’un concept nouveau de vie urbaine. […]

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Pour aller plus loin

Livres

ADLER Alexandre, Une géopolitique pour demain (à paraître)

AGLIETTA Michel et Bai Guo, La voie chinoise

ZEVI Bruno, Savoir voir l’architecture (italien)