Emmanuel JAFFELIN

Emmanuel JAFFELIN

Qui châtie bien n’emprisonne pas ! [extrait]

Justice et punition : l’antinomie « fin de siècle »
Personnes décapitées, brûlées vives ou enterrées vivantes : telles furent, après une savante et sadique mise en scène, les images diffusées tous azimuts par Daesh en 2014 et 2015. Que les auteurs de ces scènes fassent passer ces crimes pour des punitions ne constitue pas la seule ligne de brouillage de l’essence de la justice au début du XXIe siècle. L’autre ligne vient de la démocratie elle-même : après avoir parcouru le chemin inverse de la barbarie en effaçant la violence du rituel judiciaire, elle se rend compte que sa justice adoucie génère une violence dont elle est indirectement l’auteur. Le paradoxe du terrorisme consiste à faire passer la violence qu’il pratique pour une justice ; celui de la démocratie à faire passer la justice pour une non-violence. En réalité, la première n’a rien de juste et se contente de mettre la force au premier plan pour asseoir un pouvoir politique tyrannique ; la seconde n’a rien de nonviolent puisqu’en écartant délinquants et criminels par l’emprisonnement, elle les nie sans les punir (première violence) et offre à certains un huis clos pour fourbir des crimes à venir (seconde violence). La justice terroriste provoque la peur des populations qui occupent le territoire où un État tyrannique sévit tandis que la justice occidentale génère une indifférence des citoyens. Si nous acceptons de placer le curseur sur une ligne symbolisant la justice, admettons que le terrorisme en est sorti en retournant dans la barbarie et que la démocratie s’en affranchit en glissant subrepticement dans l’indifférence.

 

Barbarie —————Justice —————Indifférence

 

Au terrorisme, la cruauté spectaculaire ; à la démocratie, l’indifférence dissimulée.
Si les extrêmes se touchent, ce n’est donc pas via leurs intentions, mais via une partie de leur résultat. La démocratie a failli, non parce qu’elle est animée de mauvaises intentions comme un État tyrannique, mais parce qu’elle a cru que le chemin de la punition relevait d’un délestage des peines. Au Moyen Âge, la punition était pratiquée sur la base d’un panel de tortures et d’instruments qui laissait entendre que la cruauté servait le plat principal et que l’aveu et/ou la rédemption le dessert. Le bourreau ne tirait pas son plaisir de la souffrance qu’il faisait subir au coupable : il jouissait de son rôle d’intermédiaire permettant à la personne qui lui était confiée de dire la vérité (l’aveu dans les juridictions civiles) ou de rendre son âme à Dieu (dans la juridiction religieuse). Il avait le choix de la punition qu’il sélectionnait parmi une multitude de techniques comme l’araignée espagnole, la fourche de l’hérétique, la manivelle intestinale ou la roue, pour n’en citer que quelquesunes. Aujourd’hui, le bourreau a disparu. Reste le juge qui se contente de bourrer les prisons. […]

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