Hervé PILLAUD

Hervé PILLAUD

Dis papy, dessine-moi un ageekulteur [extrait]

Il fait chaud, très chaud en cet après-midi de fin juillet. Je suis revenu à la Pitardière me promener avec ma petite fille Leia. Nous marchons dans les coteaux qui longent la ferme que nous exploitions autrefois sa grand-mère et moi. C’est elle qui a voulu venir ici, elle aime bien y revenir pour discuter avec moi.

Elle est chez nous à Mareuil pour une quinzaine de jours. C’est aujourd’hui son anniversaire, elle est née un 29 juillet en 2017, elle a aujourd’hui 18 ans. Leia vit loin de chez nous et je ne la vois pas souvent. Certes il n’est pas de semaine sans que nous nous parlions en visio, elle a toujours des tas de choses à me demander mais elle m’apprend aussi beaucoup. C’est un des phénomènes nouveaux de ce XXIe siècle : les petites filles en apprennent plus à leur grand-père que celui-ci ne peut leur en faire découvrir. Elle aime bien cependant revenir dans ces coteaux à chaque fois qu’elle vient chez nous, elle sait qu’ici j’aurai, moi, des tas de choses à lui montrer. Tout l’émerveille : l’herbe qui pousse, les insectes qui s’activent sur les bouses séchées laissées par les vaches qui y paissent, la couleur de la terre, le filet d’eau qui suinte de la roche. Alors elle m’interroge, prend des photos avec son smartphone, partage de suite avec ses amis, réfléchit, cherche à comprendre et attend que quelqu’un lui réponde au travers de la petite boîte qui est comme collée à sa main. Ces terminaux sont désormais devenus comme une seconde peau, ils nous relient à la multitude. C’est en partageant des tas de choses par ces outils que nous comprenons le sens des choses. Ils nous aident à construire ce que sera demain.

Leia s’intéresse beaucoup au bio design, à ce que nous pouvons apprendre de la nature. Le bio design est une science nouvelle, née il y a une quinzaine d’années, elle est d’abord venue par l’agriculture. Les ressources qui nous permettaient jadis de faire pousser abondamment les cultures sont devenues rapidement de plus en plus rares et il a bien fallu faire autrement. C’est vers 2018 que nous avons commencé à regarder sérieusement comment produisait naturellement la terre. Nous nous sommes alors ingéniés à le reproduire, à l’améliorer pour en faire des tas de choses, c’est ça le bio design. Les agriculteurs le pratiquent depuis toujours mais le numérique nous a donné beaucoup plus de possibilités. Voyant Leia faire, s’activer avec son appareil dans le coteau et ne pouvant répondre à toutes ses questions, je prends moi aussi des photos et les envoie sur la Toile. Il y aura bien quelqu’un, quelque part, qui pourra m’aider à répondre aux questions de ma petite-fille. Cela n’est pas nouveau, il y a bien vingt-cinq ans que je pratique ainsi.

Me voyant faire, Leia me demande :

— Dis-moi papy, depuis que je te connais, quel que soit l’appareil que tu utilises, il y a toujours une pomme à l’arrière ; ils sont dépassés maintenant ces outils, il y a beaucoup mieux.
Nous nous sommes assis à l’ombre sur une pierre et j’ai commencé à raconter à Leia l’histoire de cette pomme.

— C’était en 1975, le 29 juillet, c’était un dimanche, comme aujourd’hui. Pour la première fois de l’histoire, un homme tape un caractère sur un clavier et le voit apparaître sur l’écran de son propre ordinateur devant lui. Cet homme s’appelait Steeve Wozniak. En compagnie de son ami Steeve Jobs, ils venaient d’inventer le premier ordinateur personnel de l’histoire. Personne n’y crut, les ordinateurs étaient faits pour des grandes sociétés, pour des ingénieurs. Jamais les gens n’auraient d’ordinateur chez eux leur avait-on dit. Ils étaient convaincus du contraire et c’est comme ça qu’ils ont fondé Apple® et ont pris cette pomme croquée pour emblème. […]

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