Pascal PERRI

Pascal PERRI

2035 : Sommes-nous prêts pour une vie augmentée ? [extrait]

Entre 1995 et 2015, le progrès a été exponentiel. Il continuera sa course jusqu’à 2035 et bien au-delà. Exponentiel, voilà un mot que nous prononçons régulièrement sans toujours le comprendre. Pour en saisir tout le sens, voici une petite histoire indienne : pour remercier un sage d’avoir inventé le jeu d’échecs, le roi Belkib lui demande le cadeau qu’il pourrait lui faire en retour. Le sage lui dit : poser un grain de riz sur chaque case de l’échiquier en doublant le nombre de grains de riz à chaque fois, jusqu’à la 64e case. Le roi est étonné : un cadeau si modeste pour une telle invention ? Et pourtant. L’un des deux connaît la fonction exponentielle, l’autre pas. Sur la 64e case, il faut déposer, 2 grains puissance 63, soit 18 milliards de milliards, soit encore 700 milliards de tonnes de riz. Le grand chambellan se penche à l’oreille du roi Belkib et lui dit « vous êtes ruiné »… Comme le disait le physicien Bartlett, la plus grande faiblesse de la race humaine vient de son incapacité à comprendre la fonction exponentielle… La progression est lente au départ, comme avec le progrès, puis elle accélère de façon radicale. En 2015 déjà, trois des quatre premières capitalisations boursières du monde n’existaient pas vingt ans plus tôt !

 

Les illusions de la décroissance
En 2015, notre pays est traversé par de funestes prédictions. Une société brisée par le doute. Étonnant quand on se souvient de ces trois chiffres : la France, c’est 1 % de la population mondiale, 3,8 % du PIB mondial, 15 % des transferts sociaux de la planète ! Oui, la France a toujours été la plus protectrice de toutes les grandes sociétés modernes ; toutes les étapes de la vie sont couvertes par des garanties universelles. De la prime de naissance jusqu’aux garanties accordées au dernier survivant. Pourquoi douter quand tous les accidents possibles de la vie sont couverts par un système mutualiste d’entraide ?
La vérité est toute simple. En 2015, la France a perdu la foi. Elle a peur de la mondialisation, elle a peur de la compétition. En 2015, elle est l’un des rares pays à écouter des sirènes inquiétantes. Celles du retour en arrière comme le propose la droite nationale. Comment peut-on s’imaginer que l’histoire comporte une marche arrière ? Celle de la décroissance, comme si un coup de frein économique pouvait ressusciter le bon vieux temps, le temps de la conquête et des trente glorieuses, le temps des certitudes et de l’optimisme. La France qui fut en son temps le pays de l’imagination, de la pensée et de la science, la France a peur du progrès. On s’étonne au passage de voir que la gauche radicale et une partie des écologistes regrettent le temps du capitalisme productiviste ! La décroissance peut-elle faire rêver ? J’admets que dans un monde fini, la croissance ne peut pas être infinie, encore que cette thèse est contestable : je fais confiance dans le génie humain qui invente et réinvente des formules gagnantes. De tout temps, l’intelligence des hommes est venue à bout des obstacles. Prenons un exemple dans le secteur de l’énergie. Notre électricité française est très majoritairement issue du nucléaire et des hydrocarbures. Le débat sur la fin du nucléaire est dépassé. Il est emporté par les progrès de la maison passive. Les Scandinaves ont trouvé la parade et des centaines d’entreprises françaises ont déjà des projets très avancés. On peut changer notre modèle en acceptant de sortir de l’idéologie pour entrer dans la raison ! C’est malheureusement ce qui fait défaut en France. Je n’évoque que très rapidement le cas des OGM qui sont un espoir extraordinaire pour réduire la faim, limiter l’usage de l’eau et des pesticides. Ce débat est monopolisé par des sorciers et des faiseurs de pluie qui jouent sur la peur. À la sortie, nos laboratoires seront ruinés et les Américains auront la haute main sur l’agriculture intelligente de demain ! Des intellectuels comme Serge Latouche vantent l’abondance frugale. Serge Rabhi défend la sobriété heureuse. Mais ces thèses cachent d’autres visées ; un projet politique qui bannirait la croissance, le développement, le progrès. À l’issue de tous les grands cycles de croissance, les hommes ont recherché des voies de sortie. C’est l’ambition qui a permis de sortir par le haut et non la peur. Derrière les banderoles et les slogans des intellectuels décroissants, il y a aussi la violence des mouvements altermondialistes, la haine de la société et de la croissance. Ne leur en déplaise, le progrès vient désormais des entreprises. Pourquoi ? Parce que le marché est un monde darwinien. Qui ne s’adapte pas disparaît. Il est des mythes dangereux qui sont à la politique ce que la morphine est à la médecine. Chassons les marchands d’histoires et rétablissons la raison comme base de notre culture collective. […]

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