Paul DEWANDRE

Paul DEWANDRE

Le couple en 2035, mode d’emploi [extrait]

Il est incroyable que depuis le temps qu’hommes et femmes vivent ensemble, ils ne parviennent toujours pas à vivre véritablement en harmonie. Pourquoi les hommes n’ont-ils jamais vraiment appris à respecter les femmes ? Pourquoi les femmes ont-elles dû devenir comme des hommes pour se sentir enfin respectées ? Comment se fait-il qu’elles veulent à tout prix adopter les comportements masculins qu’elles ne supportent pas chez eux ?

 

Comment l’année 2035 pourrait-elle être ?

On l’a vu en 2014 lors des manifestations sur le mariage pour tous. Des opinions très contradictoires sont présentes dans la société. En fonction des forces respectives de chaque groupe, on pourrait imaginer trois sociétés différentes dans vingt ans.

 

Première option : hommes et femmes sont égaux et semblables

La théorie du genre a enfin gagné la guerre. Les enfants ne sont plus prénommés que Dominique ou Claude, ce qui leur permet de choisir leur sexe à l’adolescence sans devoir changer de prénom. Ils sont libres de toute influence, n’ayant pas reçu un prénom trop connoté garçon ou fille.

Les maîtresses d’école ont bien appris à ne plus faire aucune distinction entre les sexes et les rayons des jouets des magasins sont uniformisés. Le seul souci, c’est l’incertitude sur ce qui est le mieux : si ce qui apparaît encore comme une petite fille souhaite jouer à la poupée, que fait-on ? Ne vaudrait-il pas mieux le lui interdire pour éviter d’être traité de sexiste ? Les règles de grammaire ont évolué. On a supprimé la prépondérance du masculin dans les accords grammaticaux.

On a rayé du calendrier la fête des mères et la fête des pères, qui étaient trop réductrices. L’état civil s’est lui aussi adapté. Alors qu’auparavant, il existait deux cases « Homme » ou « Femme », on a désormais trouvé des appellations particulières pour les hommes qui gardent l’apparence des hommes mais qui se ressentent femmes, et vice versa. Et aussi pour les femmes qui sont devenues des hommes en apparence également. Sans oublier les androgynes.

Les progrès médicaux ont eux aussi été fantastiques. Faire l’amour pour concevoir des enfants est devenu totalement dépassé. Tout se passe par fécondation in vitro. Des chercheurs ont même mis au point une couveuse dans laquelle on place les embryons dès la conception. Ne devant subir ni grossesse ni accouchement, les femmes sont enfin libérées du poids de l’enfantement.

On a réussi à dissocier le sexe de la procréation. Chacun a une jouissance totale et libre de son corps. L’égalité parfaite entre hommes et femmes est enfin atteinte, puisqu’il n’y a plus ni hommes ni femmes. On est tous les mêmes.

Malgré tout, les divorces sont monnaie courante. La durée de vie moyenne en couple est de cinq ans. Les familles ne sont plus recomposées, elles sont re-re-recomposées.
Parce qu’après plusieurs ruptures et déceptions, on a tendance à devenir plus cynique et il devient plus difficile de croire en la possibilité de vivre heureux à deux. On ne veut plus prendre le risque de s’ouvrir à nouveau, et donc inévitablement l’engagement n’existe plus et les échecs sont devenus la norme.
Par ailleurs, le changement de partenaire est tellement accessible. Des profils de millions d’hommes et de femmes, ou d’espèces hybrides attendent sur le Net. En un ou deux clics, on fait défiler les photos.

Cette société jetable qui a enfin réussi à gommer les différences entre hommes et femmes, rend-elle vraiment heureux ?

 

Deuxième option : une société machiste

Les réactionnaires de tous bords ont remporté la victoire. Les homosexuels qui avaient gagné la bataille du mariage ont finalement perdu la guerre de la tolérance. Ils sont retournés dans le maquis. On parle de nouveau de pénaliser l’homosexualité.

La condition féminine a elle aussi évolué. L’avortement n’est plus remboursé par la Sécurité sociale. La loi sur l’interdiction du port du voile a été abrogée. Pour résoudre le problème du chômage, on a progressivement interdit aux femmes de travailler dès leur premier enfant. Celles qui restent continuent à être moins payées que les hommes. En politique, on a voté la fin des quotas, prétextant un manque suffisant de femmes compétentes prêtes à s’engager. La preuve, il n’y a toujours pas eu de femme présidente de la République.

Les femmes restent sous l’emprise masculine. Le masculin domine encore et toujours le monde. Cette société machiste rend-elle heureux ?

 

Troisième option : hommes et femmes sont égaux et différents

Hommes et femmes ont enfin appris à cohabiter, ayant compris qu’ils pouvaient être égaux ET différents. Qu’égal ne signifiait pas semblable.

La bonne nouvelle, c’est que chacun s’est mis à apprendre la langue de l’autre pour une meilleure compréhension mutuelle. Plutôt que d’inventer une sorte d’espéranto homme/femme – une nouvelle langue sans fondements –, on est devenu bilingue masculin/féminin.

Chacun est reconnu et respecté dans sa langue natale, mais comprend aussi parfaitement le point de vue de l’autre. Les problèmes émergent toujours, mais sont résolus plus rapidement.

Les entreprises se sont ouvertes à la dimension émotionnelle et sont désormais plus performantes. Les femmes ne doivent plus adopter les traits masculins pour être respectées dans l’organisation. Elles apportent une nouvelle dynamique, une nouvelle dimension qui permet de trouver de nouvelles solu- tions. Le cadre de travail est moins compétitif, plus convivial alors que la performance a augmenté. Les hommes en ont été surpris au début, mais y trouvent à présent aussi leur compte. Ils se révèlent eux aussi plus performants dans ce nouvel environnement.

Dans la famille, les amoureux cohabitent avec bonheur. La maison, la famille est un havre de paix, un lieu qui permet de se ressourcer. Chacun a compris les besoins et les attentes de l’autre et est heureux de les combler. Les hommes participent aux tâches ménagères sans que leur compagne ne dise quelle éponge utiliser pour nettoyer la vaisselle. Ils écoutent leur partenaire de vie avec empathie et soutien. Et elles leur montrent toute la confiance qu’elles ont en eux.

La hache de guerre entre hommes et femmes est définitivement enterrée. […]

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