Vladimir FÉDOROVSKI

Vladimir FEDOROWSKI

L’Europe de l’Atlantique à l’Oural [extrait]

On peut être lucide en ayant le pessimisme de l’intelligence ou l’optimisme de la volonté, comme le disait Lord Gramsci. Ces deux maximes nous conduisent à des visions complètement différentes. Je vais développer les deux.
Commençons par la version optimiste. Rationnellement parlant, la Russie et l’Europe de 2035 peuvent être encore plus complémentaires que dans le monde d’aujourd’hui. La base serait terre à terre puisque ce serait une base économique mais aussi civilisationnelle. Une base qui va se développer certainement et me paraît assez irremplaçable, c’est la complémentarité en termes de technologies et de matières premières. Le monde de demain sera, c’est sûr, très technologique, et certaines matières premières pourront être produites par la Russie, pour répondre à des besoins dans le domaine notamment climatique. Il existe par exemple d’énormes gisements de gaz de schiste en Sibérie. Les conditions climatiques, le fait qu’il fasse froid dans les régions arctiques et les nouvelles ressources peuvent ouvrir des perspectives illimitées dans le domaine de la coopération européenne. Je pense par ailleurs que les affinités civilisationnelles entre l’Europe et la Russie seront portées au pinacle en 2035 face à l’adversaire commun, l’islamisme agressif dont la menace prend la forme d’un khalifat de Boukhara à Poitiers. Pour Boukhara, les Russes ne vont pas le permettre, pour Poitiers, je vous laisse juge… Les Européens comprendront, de façon très réaliste, que ce rapprochement sera pour eux profitable. Un renforcement des liens existants, basés sur le pragmatisme, rapprochera Russie et Europe, comme cela s’est fait du temps d’Hitler. La phrase de Malraux « Le XXIe siècle sera spirituel ou ne sera pas » jette la base de ce lien et de cette coopération dans tous les domaines. Nous pouvons également évoquer la question de la Chine qui constitue une grande interrogation. Si j’évoquais la version pessimiste, je parlerais de l’Europe en déclin, morcelée, ne comptant plus d’Union européenne, réduite à l’état de protectorat des États-Unis, de la Chine renforcée, des khalifats dans le sud, etc. Mais je ne veux pas croire à ce scénario. D’une part parce qu’il va contre ma nature, d’autre part parce qu’il ne tient pas compte des vrais intérêts de l’Europe et de la Russie. Si l’on en revient au scénario optimiste, il y aura aussi des transformations à l’intérieur de la Russie. Celles-ci ont débuté à la fin du communisme. Malheureusement, le postcommunisme a été un triomphe de l’idiotie sur le plan diplomatique et aussi sur celui du fonctionnement intérieur. Je veux parler notamment de la corruption, du vol organisé des biens nationaux, etc.

Un autre aspect sera également significatif en 2035. Je veux parler de la classe moyenne en Russie qui constituera un facteur dominant de la politique intérieure à cette période. Cette part de population exige des aspects démocratiques, un rapprochement avec les valeurs européennes. Ce mouvement peut être enrichissant pour tout le monde. La tendance actuelle qui privilégie le politiquement correct, la négation de l’héritage judéo-chrétien de l’Europe, sera effacée. Ce qui compte, c’est de mesurer à quel point la classe moyenne russe souligne et prône aujourd’hui l’héritage spirituel chrétien de l’Europe. Cette tendance va aller en s’amplifiant car les rapprochements ne reposent pas seulement sur des choses terre à terre, des réciproques géopolitiques, mais aussi sur des choses beaucoup plus profondes. Tolstoï, Dostoïevski, Soljenitsyne sont des écrivains russes européens. La civilisation russe a été très marquée par la civilisation européenne. Balzac, Stendhal font partie de la même mouvance. Cet héritage et l’affinité civilisationnelle sont plus forts que tout le reste. […]

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